Je répète souvent la même phrase à mes élèves en cours : « Vous ne pourrez jamais réaliser ça dans la vraie vie. » Pas pour les décourager. Pour les réveiller. Parce que ce qu'on apprend dans une dojo aussi bonne soit-elle ne prépare pas à ce qui se passe vraiment quand le danger arrive.
J'ai mis des années à comprendre ça. Et ce n'est pas un livre, un stage ou un instructeur qui me l'a appris. C'est une intervention. Une personne. Un grand couteau de cuisine.
Le danger ne prévient pas. Il n'attend pas que tu sois prêt. Il arrive dans un état de conscience ordinaire, dans un contexte banal et tout ce que tu croyais savoir disparaît en une fraction de seconde.
Je suis policier de terrain depuis des années quand cette intervention arrive. Je suis aussi pratiquant d'arts martiaux depuis l'âge de 10 ans. Vovinam Viet Vo Dao, Ju-Jitsu, Krav Maga. Des centaines d'heures d'entraînement. Des techniques répétées jusqu'à l'automatisme ou ce que je croyais être l'automatisme.
Ce jour-là, face à cet individu, aucune technique ne s'est mise en place. Rien. Le vide. Juste la peur.
Ce qui s'est vraiment passé
L'individu est menaçant, agité, imprévisible. Il tient un grand couteau de cuisine. Ma formation me dit quoi faire théoriquement. Mon corps, lui, ne fait rien de tout ça. Mon cerveau est en train de calculer la distance, l'angle, la vitesse et pendant ce temps, le temps passe. Trop vite.
Ce que j'ai fait, je ne l'avais jamais appris dans une salle. J'ai regardé le couteau, pas l'individu. J'ai attendu un instant d'inattention pas pour agir sur lui, mais pour agir sur l'arme. Maîtriser le couteau. Bloquer le poignet. Parce que j'avais compris en une seconde ce que les cours ne m'avaient jamais dit clairement : le danger, c'était le couteau. Pas l'homme.
Un individu armé est souvent physiquement faible. C'est précisément pour ça qu'il est armé. Mais il est puissant dans sa détermination et c'est cette détermination qui rend l'arme dangereuse, pas sa force physique.
Mes collègues m'ont demandé comment j'avais fait. Je n'avais pas de réponse claire sur le moment. Ce que je savais, c'est que je l'avais mis au sol comme j'avais pu en maintenant un seul point de contact : le poignet qui tenait le couteau. Tout le reste était secondaire.