On m'a longtemps demandé pourquoi, dans mes cours, je passe autant de temps à expliquer ce qui se passe dans la tête et dans le corps, et pas seulement à montrer des gestes. La réponse tient en une phrase : on ne se défend pas avec ce qu'on sait, on se défend avec ce que notre cerveau et notre corps acceptent de faire quand la peur monte. Et ça, ça se comprend, puis ça s'entraîne.
Je m'appelle Alex Shao. J'enseigne les arts martiaux et la self-défense depuis 2006, après un parcours dans les forces de l'ordre et l'éducation spécialisée. Je ne me présente jamais comme un « expert » : je suis un conseiller en sécurité, quelqu'un qui essaie de lire l'environnement avec lucidité et d'aider chacun à composer avec ce qu'il vit. Et depuis des années, ce qui guide ma pédagogie — la Méthode Shao — ce sont les apports concrets des neurosciences et de la psychologie.
Premier malentendu que je tiens à lever dès le premier cours : la peur n'est pas un défaut, ni une faiblesse. C'est un système d'alarme vieux de plusieurs millions d'années, dont le seul travail est de vous garder en vie. Le problème n'est jamais d'avoir peur. Le problème, c'est quand la peur prend seule les commandes et nous laisse sidérés, incapables d'agir.
Mon rôle n'est donc pas de vous « enlever » la peur. C'est de vous apprendre à la reconnaître, à la laisser faire son travail utile, et à garder malgré elle une marge de décision. Pour ça, il faut d'abord savoir ce qu'il se passe à l'intérieur.
Quand vous percevez quelque chose d'inquiétant — un bruit dans le dos, une silhouette qui s'approche trop vite — l'information arrive d'abord à un petit centre de tri, le thalamus. De là, elle emprunte deux routes en même temps.
La première route file directement vers l'amygdale, le déclencheur de l'alarme. Elle est extrêmement rapide — on parle de quelques millièmes de seconde. Elle ne se pose pas de questions : au moindre doute, elle déclenche. C'est elle qui vous fait sursauter avant même d'avoir compris que ce n'était qu'une porte qui claque. Ces travaux sur le circuit de la peur, on les doit notamment au neuroscientifique Joseph LeDoux.
La seconde route passe par le cortex, la partie qui analyse, qui met en contexte, qui décide. Elle est plus lente, mais c'est elle qui dit : « finalement, ce n'est rien » — ou au contraire « là, c'est sérieux, agis ». Tout l'enjeu de l'entraînement, c'est de donner à cette route lente une chance de s'exprimer au lieu de subir uniquement la route rapide.
La lucidité prime sur la force.
Une fois l'alarme déclenchée, le corps se prépare en une fraction de seconde. Adrénaline et cortisol inondent l'organisme. C'est précieux : on devient plus fort, plus rapide, plus résistant à la douleur. Mais ça a un prix, et ce prix change tout pour la façon d'enseigner.
Sous stress intense, le rythme cardiaque s'envole, la respiration devient courte, le champ de vision se rétrécit (la fameuse « vision en tunnel »), et surtout la motricité fine décroche : les doigts tremblent, les gestes précis deviennent presque impossibles. C'est documenté depuis longtemps chez ceux qui étudient le stress en situation réelle, comme Bruce Siddle ou Dave Grossman.
La conséquence est limpide : une technique compliquée, qui marche très bien au calme dans une salle, peut tout simplement ne pas être disponible le jour où vous en avez besoin. C'est pourquoi, dans la Méthode Shao, je privilégie des gestes simples, globaux, robustes — des mouvements que le corps peut sortir même quand tout tremble. On ne cherche pas la beauté du geste, on cherche ce qui reste accessible sous adrénaline.
Pour relier tout ça, je m'appuie sur un triptyque que je dois à Robert Paturel : Action, Raison, Émotion. Trois pôles qui agissent en permanence en nous. Quand l'émotion (la peur) écrase tout, on se fige ou on s'emporte. Quand la raison seule commande, on réfléchit trop et l'instant passe. Quand l'action part sans les deux autres, elle est mal dosée.
Mon travail d'instructeur, c'est de vous aider à faire dialoguer ces trois pôles pour qu'aucun ne prenne seul le pouvoir. C'est ça, la lucidité : ressentir la peur, comprendre la situation, et agir au bon moment avec le bon dosage. Ce n'est pas inné — c'est exactement ce qui se travaille, séance après séance.
Beaucoup de gens m'arrivent avec la même phrase : « je commence trop tard ». C'est faux, et la science est très claire là-dessus. Notre cerveau est plastique : il se reconfigure toute la vie. Chaque répétition renforce un circuit, un peu comme un sentier qui se transforme en chemin, puis en route, à force d'être emprunté.
Avec la pratique régulière — et le sommeil, qui consolide ce qu'on a appris — un geste hésitant devient fluide, puis automatique. C'est pour ça que je crois autant à la régularité plutôt qu'à l'intensité ponctuelle, et que j'accueille aussi bien des adolescents que des adultes qui n'ont jamais fait de sport. Il n'y a pas d'âge pour tracer de nouveaux chemins.
Je m'intéresse depuis longtemps aux travaux de Boris Cyrulnik sur la résilience — cette capacité à se reconstruire après une épreuve. Je le dis simplement : ses livres m'ont accompagné. À travers ces lectures, j'ai fait une partie de mon propre chemin de résilience, et c'est aussi ce qui m'a donné envie de transmettre autrement.
Car se défendre, ce n'est pas seulement une question de gestes. C'est apprendre à ne pas se laisser définir par ce qui nous est arrivé, à retrouver de la confiance, à reprendre sa place. Une partie de ce que je transmets relève de là : redonner du pouvoir d'agir. Je tiens à être honnête sur un point : je ne suis ni médecin ni psychologue, et je ne pose aucun diagnostic. Mon terrain, c'est la pédagogie et l'accompagnement vers l'autonomie — pas le soin.
Tout ce qui précède n'a de valeur que si ça se traduit dans la salle et sur le terrain. Voici ce que ça donne, concrètement :
C'est cette cohérence entre ce que dit la science, ce que vit le corps et ce qu'on travaille en cours qui fait, je crois, la singularité de la Méthode Shao. Vous ne venez pas seulement apprendre à vous défendre. Vous venez comprendre comment vous fonctionnez — et c'est cette compréhension qui vous rend plus solide.
Le premier cours est offert. La meilleure façon de comprendre cette approche, c'est de la vivre, pas de la lire.
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